Le goutte à goutte s’échappant des hautes parois de la bibliothèque sonne dans l’instant comme le bruit le plus insupportable que je n’ai jamais eu à ouïr de toute ma courte vie.

*Floc Floc Floc Floc*

Plus jeune, j’avais pourtant appris à ignorer tous ces bruits lents et répétitifs qui, s’ils on leur donne trop d’attention, finissent graduellement par broyer l’entièreté de votre sang-froid. Comme des blocs de grès offerts aux courbes acérés des vagues marines.

*Floc Floc Floc Floc*

Mais aujourd’hui, je n’entends que ces aiguilles liquides, régulières et sentencieuses tomber en fracas dans la fontaine de l’aile sud. Est-ce ma faute ? Est-ce à cause de mon cerveau que je dois subir les affres d’une attention trop accrus ? Ou bien est-ce la Bibliothèque qui à nouveau se joue de moi ?

*Floc Floc Floc…*

Lecteur et Lectrices bienvenue dans mon antre.

Premièrement, veuillez me pardonner. Cela fait quelque temps que nous ne nous sommes pas vu et je n’ai que de bien piètre excuses à vous fournir. Le temps ici s’écoule d’une manière différente de celui dans lequel vous évoluez. Tantôt coulant, tantôt figé. J’ai parfois du mal à m’y retrouver. Seul mon ordinateur et ma connexion me permettent ici de me rendre compte des  flux que subissent les tissus qui compose la trame de notre réalité. Deuxièmement, ayant vivement besoin d’une distraction, je vous propose de vous dégourdir l’esprit en ma compagnie :

Aujourd’hui, nous nous intéressons à Melanie Fazi, Autrice et Traductrice de 39 ans dont le travail a été récompensé de huit prix, connue principalement pour son recueil de nouvelles de genre Fantastique – Merveilleux, publié sous le titre de « Serpentine ». Celui-ci a été réédité trois fois en moins de 20 ans. ( Chose assez rare pour être souligné). Sa carrière qui a commencé l’année de l’an 2000 continue aujourd’hui avec la publication récente d’un troisième recueil de nouvelles.  « Le Jardins des Silences » Aujourd’hui l’objet de notre attention portera sur son 1er et son second recueil de nouvelles. Respectivement « Serpentine » et « Notre-Dame-Aux-Ecailles ».

En guise d’Introduction à cette analyse, j’aimerai d’abord signifier que je n’ai pas lu l’entièreté de l’œuvre de Melanie Fazi. Je n’ai en effet, que touché à ses nouvelles mais jamais à ses récits long type « roman » Je réparerai ce tort à l’occasion mais la chose n’est pas encore à l’ordre du jour. De ce fait j’ai une approche assez limitée de l’autrice quoi que déjà j’entrevoie des schémas réguliers ainsi qu’un style qui lui est propre. Mais parlons d’abords de « Serpentine. » :

Ma rencontre avec Serpentine a été quelque chose de très marquant.  Un doux moment qui me reste en tête et dont les détails, aujourd’hui encore, m’apparaissent clairement. Ça a d’abord été  l’illustration de Bastien Lecouffe Deharme (http://www.roman-noir.com/) qui avait immédiatement attiré mes yeux, puis le nom du recueil, une invitation étonnante qui a titillé mon intérêt, et enfin la quatrième de couverture qui m’a convaincu immédiatement que j’avais besoin de lire ces nouvelles. En voici le résumé officiel :

 Une boutique de tatouage où l’on emploie des encres un peu spéciales. Une aire d’autoroute qui devient un refuge à la nuit tombée. Une ligne de métro où l’on fait d’étranges rencontres. Un restaurant grec dont la patronne se nomme Circé. Une maison italienne où deux enfants croisent un esprit familier…

Tels sont les décors du quotidien où prennent racine ces dix histoires. Dix étapes, et autant de façades rassurantes au premier abord… mais qui s’ouvrent bientôt sur des zones troubles. Car les lieux les plus familiers dissimulent souvent des failles, écho de ces fêlures que l’on porte en soi. Il suffit de si peu, parfois, pour que tout bascule… »

Biblo

« JE LE VEUUUUUUUUUUXXX »

…..

Je disais donc : La narration de Melani Fazi possède un charme réel. Bien que son style ne soit pas inscrit dans une démarche de Réalisme Fantastique à la manière d’un HP Lovecraft, elle en empreinte malgré tout l’ambiance en rendant tout éléments surnaturel intrinsèquement lié à l’humain et à sa psyché. Autrement dit : Au conscient et à l’inconscient. Cette ambiance s’explique aussi par l’atmosphère presque glauque que la narratrice instaure dans des lieux qui nous sont familier. Le Métro, rue, restaurants, aire d’autoroute.  Chaque lieu moderne et actuel se veut le vecteur d’une histoire. Le Fantastique et le merveilleux, plutôt que de s’installer autours de lieux commun, se greffe plutôt à l’intérieure, comme des prolongations naturel de leurs êtres. La narration souvent à la 1ère personne ainsi que les histoires tissées autours de ces lieux modernes, permettent aux récits de dégager une forme de sincérité qui ne manque pas de toucher directement notre sens de « L’humain ». Melanie Fazi utilise souvent des phrases courtes et percutantes. Elle développe une introspection profonde de la part de chacun de ses personnages. A cette occasion plutôt que de faire passer le récit par un enchainement d’action, celui-ci passe principalement par le voyage intérieur d’un personnage à travers son passé et ses propres expériences. Rassurez-vous, cela n’est pas aussi chiant que ça en a l’air. Serpentine est une réussite.

… Ne faites pas semblant, je vous sais soulagés.

Parmi les nouvelles qui m’ont le plus marqué je citerai bien sûr : Serpentine, mais aussi : Nous reprenons la route, Mémoires des herbes aromatiques ainsi que : Matilda.

Dans l’ordre : Un tatouage cathartique pour un être ambigu et troublé, une longue attente sur une aire de repos troublée par la venue d’une jeune Punk, Circé à la tête d’un restaurant grec de nos jours, et un concert de rock aux allures de séances de spiritismes. Les autres nouvelles sont aussi de qualité et peut être y serez vous plus sensibles que moi. A ma connaissance il n’y a qu’une seule nouvelle qui m’a vraiment laissé pantois mais en parler ne serait pas vraiment pertinent. Je vous laisse donc le soin de vous y plonger.

Sachez fidèles Lecteurs et Lectrices que je fais de mon mieux pour vous en dire le plus possibles à propos de ces nouvelles tout en vous en disant le moins. La nouvelles est un art compliqué. Un art qui, quand il est bien maitrisé, peut profondément changer, secouer ou  chambouler un être pensant.  Pas forcément dans le bon sens. Le but de ces chroniques n’étant pas de mâcher votre lecture et les avis divergeants plus souvent que ne tombe la pluie, je vous encourage à lire ce recueille et à vous en faire votre propre opinion.  Mon devoir est cependant de vous prévenir : Serpentine, en plus de toucher au merveilleux, touche aussi à des sujets graves et parfois douloureux tels que la mort, la drogue ou le viol.  Pour quiconque s’estime trop affecté pour pouvoir se permettre de lire ce recueil: Vous avez raison et personne ne devrait vous dire le contraire.

Pour finir cet article, j’aimerais que nous nous attardions un peu sur le second recueil: « Notre-Dame-Aux-Ecailles » Mon constat et sans appel. Je ne suis pas fan.

Choque furby

[Choque]

Alors quel est le problème ? La magie a elle cessé de fonctionner ? Ou mes goûts ont ils changé entre temps ? C’est une vaste question. Ce dont je suis sûr c’est que ces tics de narration dont nous parlions au début de l’article sont ici utilisés à outrance. Les personnages s’enlisent dans leurs introspections respectives jusqu’à perdre le lecteur dans les affres d’un récit trop peu intéressant à mon goût. Je n’irai pas jusqu’à dire que les nouvelles sont mauvaises. Mais elles sont clairement de moindre intérêt par rapport à la première anthologie. Ce qui est bête car l’on sent un sujet commun, un fil rouge pas dénué d’intérêt dans ce recueil. Le rapport de l’être humain, (les femmes surtout), face à l’environnement, la violence, la sexualité aussi.  Peut-être la volonté de réalisme fantastique dont étaient empreints les récits de la première anthologie a-t-elle été poussée jusqu’à un point très avancé sur l’échelle du réalisme. Un point auquel je ne m’attendais pas. Ne vous y trompez pas, le problème ici n’est pas le réalisme. C’est une réalité intéressante et nécessaire à traiter. Le problème c’est le traitement de la réalité sociale dans ces récits. Trop superficielle, trop enlisée dans « l’égo ». Si l’égocentrisme dont font preuve les personnages (à ne pas entendre ici comme un reproche mais un point de vue de la narration) permet le développement de certaines réflexions parfois pertinentes, il reste que ce schéma est réutilisé à outrance dans toutes les nouvelles.  Pour ne rien vous cacher, j’ai senti comme un ras le bol.

Helpp 2

Premier problème : « Le Langage de la peau » ou la sexualité animale  et les clichés virilistes qui l’accompagnent ne trouvent vraiment pas échos à mes oreilles. Citons aussi une phrase des plus ambiguës permettant de manière raisonnable de se poser des questions quant au consentement d’un des personnages. Et vous ciblerez ainsi mon premier malaise quant à cet ouvrage. La suite nous apprendra que ce personnage était consentant, mais ces deux courtes phrases en italiques que vous identifierez facilement n’en sont pas moins malaisantes pour mes sens.  Cela à part, n’étant pas vraiment sensible à cette relation sexuelle j’aurais bien du mal à la juger dans son ensemble.

Le second problème vient de la nouvelles «  La danse au bord du Fleuve » Ou le consentement du personnage est sérieusement remis en cause lors d’un contact avec un protagoniste.  Nous avons dans cette nouvelle trois page ou le personnage principal qui parle à la 1ere personne explique son dégoût et sa non-envie d’un quelconque contacte avec un autre personnage alors que celui-ci continue à la toucher de manière plus que suggestive. Autre problème, le reste du récit ne présente pas ce protagoniste dont la nature est merveilleuse, comme un personnage négatif puisqu’elle restera et finira par prendre gout à lui. Ce personnage n’est pas présenté comme négatif. C’est un réel problème. Je ne peux que crier mon dégoût face à cette scène.  Entendons-nous bien.  Ne pas vouloir et avoir envie ensuite c’est une chose qui peut arriver dans la réalité (A la différence que si vous continuez quand on vous dit non, vous êtes un violeur, non-amicalement)

En revanche si la réalité peut se passer de cohérence, car elle est la réalité. Un récit, lui, ne peut s’en passer. Dans ce cas précis, expliquer le dégoût d’un personnage sur des attouchements subit puis lui faire ensuite accepter une relation sexuelle (aussi surnaturelle soit elle), en plus d’être malaisant pour certaines personne, c’est une énorme incohérence. Cette image de la sexualité est mauvaise et révoltante. Si vous parler de viol, assurez-vous que votre scène soit pertinente pour votre histoire, ne l’écrivez jamais gratuitement et surtout, si vous l’écrivez, assurez-vous que le viol n’est pas traité de manière sexualisé ou qu’il ne s’accompagne pas rapidement d’une relation sexuel. Sexualiser le viol (un rapport non consentit par définition) c’est une chose qui fait de vous un être peu respectable qui, à mon avis qui n’est pas si humble, devrait se remettre sérieusement en question ou finir en prison. C’est d’autant plus dommage car la nouvelle « Les cinq soirs du Lion » qui traite aussi du viol, le traite bien et offre une chute réellement pertinente à son personnage. De la part de la même autrice sur sa propre anthologie, ce contresens est fort dommage.

La nouvelle donnant son nom au recueil « Notre-Dame-Aux-Ecailles » bien qu’intéressante quant à la question de la maladie, reste malheureusement assez ennuyante. Si elle avait été placé au début du recueil, elle aurait eu plus d’impact car je pense que j’étais trop lassé du style et du genre quand j’y suis arrivé en page 187.

Pour les nouvelles que j’ai appréciées je citerai aussi  Noeuf Cajin  Qui m’a donné l’agréable impression de retrouver les nouvelles de la 1er anthologie. La déception de la chute à part, je conseille cette nouvelle ainsi que Mardi gras et En forme de Dragon. Bien que ces nouvelles m’aient plu, je signale dépité que leurs chutes manquent de sel ou de sens.

Chaque histoire doit-elle forcément signifier quoi que ce soit ?                                                  Je n’ai pas de réponse universelle mais personnellement, je préfère avoir au moins une vague idée de ce qu’essaie de me dire une nouvelle.

Voici ici tout ce que je pense de ces deux ouvrages. Je ne saurais que chaudement vous recommander le 1er de ces recueil « Serpentine » mais ne vous conseille décidément pas « Notre-Dame-Aux-Ecailles », ouvrage trop inégal et décevant pour moi. Il y a des nouvelles que je n’ai pas cité n’ayant finalement que peu de chose à leurs reprocher mise à part le fait qu’elles ne m’aient pas marqué. Je fonde mes espoirs dans ce troisième recueil «  Le Jardin des Silences » ainsi que dans le reste de son œuvre que je n’ai pas encore feuilleté. Malgré ces problèmes, soyez assuré du fait que Melanie Fazi possède un talent hors norme de conteuse et qu’elle a autant de capacité technique pour la rédaction qu’elle met de cœur dans son imagination. En l’attente de la lecture d’une autre de ses œuvres, je resterai sur cette note positive. D’ici là prenez soin de vous et restez au aguets pour de nouvelles publications.

Lecteurs Lectrices, je suis le Garde-Livre.

Merci de m’avoir lu.

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Melanie Fazi : « Serpentine » et « Notre-Dame-aux-Ecailles »

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